Histoire économique et sociale des campagnes XVIIe-XXe siècles |

Comptes rendus de séminaire

MàJ : 05/08/2015

 

 

 

2013-2014

Crises et changements dans les campagnes européennes

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS, directeur de recherche au CNRS (TH), Alain Chatriot, chargé de recherche au CNRS, Laurent Herment, chargé de recherches au CNRS, Pablo Luna, maître de conférences à l'Université Paris-Sorbonne (Paris-IV)

 

Fondé en 2002, ce séminaire bimensuel, orienté vers l’histoire des campagnes et l’histoire économique, est largement ouvert à tous les étudiants, les chercheurs ou les enseignants-chercheurs confirmés dont les travaux touchent de près ou de loin à ce champ de recherche. Il semble en effet de plus en plus évident que celui-ci, bien que relativement délaissé par les institutions académiques françaises après son heure de gloire dans les années 1960-1970, reste crucial pour comprendre les sociétés contemporaines. Le séminaire n’a cependant pas pour objectif de reprendre une tradition vieillie ni de reproduire des schémas surannés mais de revivifier un secteur en déshérence par de nouvelles approches et de nouvelles hypothèses. Il est conçu comme un lieu de débat et de discussion autour des travaux qui sont en train de se faire ou qui viennent de produire du neuf. À ce titre, deux priorités sont clairement revendiquées. D’une part, une mise en perspective internationale, soutenue par les programmes de recherches de l’équipe de recherches (ERHIMOR, Équipe de Recherches pour l’HIstoire du MOnde Rural) à laquelle il est étroitement lié, amplifiée par les effets en retour des multiples réunions scientifiques engagées dans le cadre du GDRI du CNRS (Groupement de Recherche International) CRICEC (CRIses and Changes in the European Countryside) dont l’EHESS est partenaire, favorisée par les nombreuses contributions proposées par les collègues étrangers ou invités. D’autre part, un large appel aux interventions des jeunes chercheurs engagés dans la poursuite d’une thèse ou venant de la soutenir et apportant ainsi la primeur de leurs recherches. On ne sera donc pas étonné de constater que, au cours des treize séances de l’année, six furent organisées autour des travaux de collègues venus d’Allemagne, de Belgique, du Canada ou d’Espagne, et quatre autour de la présentation d’une thèse en cours (une) ou juste achevée (trois).

Cette année les interventions du séminaire se sont déployées autour de quatre axes majeurs : les mécanismes de la croissance ; l’histoire de la gestion de l’agriculture par les politiques ; les rapports à la conjoncture ; les ressorts et le sort des sociétés rurales.

Sur le premier axe, Gérard Béaur est intervenu pour présenter l’introduction qu’il a rédigée avec Jean-Michel Chevet pour un ouvrage collectif publié dans la collection « Rural History In Europe » qu’il dirige chez Brepols. Ce texte figure comme une réflexion sur le rôle que sont censés avoir rempli les droits de propriété et l’ouverture du marché foncier dans le processus de développement agricole de l’Europe et qu’ils sont censés remplir pour permettre la croissance. Invité par l’EHESS, Ulrich Pfister s’est inscrit dans cette perspective pour s’interroger sur les racines du processus de croissance qu’a connu l’Allemagne dans une longue durée.

Sur le second axe, Alain Chatriot a présenté les travaux qu’il a engagés depuis plusieurs années sur la politique du blé suivie par la France pendant l’entre-deux-guerres et qui constituent une partie de l’HDR qu’il venait de soutenir, tandis que Leen van Molle, invitée également par l’EHESS, a évoqué ce qu’elle a appelé la politique agricole à la belge. De son côté, la géographe Pauline Marty a repris les principales conclusions de sa thèse et interrogé les rapports villes-campagnes dans une période très récente, au cours du demi-siècle qui vient de s’écouler, en se portant sur la politique suivie par la municipalité de Brive vis-à-vis de l’agriculture. Enfin le sociologue Antoine Bernard de Raymond a également exploité les principaux développements de la thèse qu’il venait de publier pour analyser le fonctionnement du marché des fruits et légumes ainsi que les modalités de sa régulation en France depuis le XIXe siècle.

Les effets de la conjoncture et des accidents historiques ont constitué le troisième axe. Alain Laberge comme Antoni Furio ont cherché à retrouver les opérations de reconstruction agraire qui ont pu intervenir, le premier après la conquête anglaise dans le Canada français, plus précisément dans la vallée du Saint-Laurent après 1760, le second après les catastrophes des XIVeet XVe siècles dans la région de Valence en Espagne. À partir de sa thèse récemment soutenue, Ronan Tallec, quant à lui, a interrogé à partir de modèles statistiques les rapports entre la conjoncture envisagée sous différents angles et le marché foncier autour de Montesquieu-Volvestre aux XVIIeet XVIIIe siècles. Enfin, en ayant lui aussi recours à des analyses statistiques poussées, Ulrich Pfister a entrepris de démontrer les relations qui peuvent exister entre les niveaux de prix et l’évolution économique dans une grande partie de l’Europe pour les XVIe-XVIIIe  siècles.

Le quatrième axe a bénéficié de trois interventions très différentes. Tandis que Marie-Anne Bach présentait les pistes qu’elle suit pour la thèse qu’elle prépare sur la société autour de Roissy-en-France sous l’Ancien Régime, en marquant les usages et la fonction des bâtiments si souvent négligés au profit du foncier dans les mécanismes de transmission, Leen van Molle a fait une deuxième intervention sur le mode d’accès aux savoirs à la campagne et son importance pour la société rurale d’après le cas belge. Enfin, Birgit Müller a montré l’importance de la gestion des semences pour les agriculteurs et les risques d’une telle dépendance.

Publications

  • « Les rapports fonciers et monétaires entre les villes et les campagnes dans la France des XVIe-XIXesiècles », dans Faire de l’histoire économique aujourd’hui,sous la dir. de J.-C. Daumas, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2013, p. 33-44.

  • « Le double jeu des contextes historiques et sociaux. Le marché de la terre, l’accumulation du patrimoine et le retour de la conjoncture (l’exemple de la Beauce au XVIIIe siècle », dans Des contextes en histoire,sous la dir. de F. Brayard, Paris, La bibliothèque du CRH, 2014, p. 105-122.

2012-2013

Histoire économique et sociale des campagnes (XVIIe-XXe siècle)

Crises et mutations dans les campagnes européennes (XVIe-XXe siècle)

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Ce séminaire est porté de manière collégiale par un groupe de chercheurs et d’enseignants-chercheurs, tous membres du CRH et tous membres de l’Équipe de recherches pour l’histoire du monde rural (ERHiMoR) dirigé par : Gérard Béaur, Alain Chatriot (CNRS), Laurent Herment (CNRS) et Pablo Luna (Université de Paris-Sorbonne). Il a accueilli deux fois par mois les étudiants et les collègues dont l’intérêt s’oriente vers l’histoire de l’agriculture et, plus largement, vers l’histoire du monde rural. Les activités du séminaire sont depuis cette année en prise avec les thématiques d’un Groupe de recherches international (GDRI) du CNRS, piloté par ERHiMoR, dont la dénomination (CRICEC ou Crises and changes in the european countryside) désigne clairement les orientations et confère son titre au programme annuel.

Le séminaire a été et reste un espace d’enseignement ouvert, un centre de discussion et de débat, un lieu destiné à promouvoir une formation à la recherche par la recherche sur ce champ historique. Cela signifie faire connaître les enquêtes en cours, donner à réfléchir sur leurs apports par l’exposé de leurs hypothèses, de leurs méthodes, de leurs résultats et de leurs incertitudes, mais aussi et surtout inscrire comme une priorité le choix d’une véritable mise en perspective internationale et la recherche de clés d’interprétation pour mieux comprendre les problèmes des sociétés contemporaines.

Il s’agit bien d’éviter concurremment les illusions de l’exceptionnalité aussi bien que les pièges tendus par une fausse banalité des phénomènes observés et de se positionner de manière à envisager les constats opérés dans leur globalité et dans leur contexte respectif. Une telle prise de position explique la large ouverture du spectre chronologique couvert par les interventions qui ont été prononcées : du Moyen Âge à l’immédiatement contemporain. Elle justifie tout aussi bien une ouverture géographique maximale qui se traduit par l’appel récurrent à des spécialistes étrangers : cette année encore, les intervenants français ont été largement minoritaires, puisque huit exposés sur treize ont été prononcés par des collègues venus de l’extérieur de l’hexagone (Argentine, Canada, Espagne, Italie, Suisse).

Les axes autour duquel s’articulent les treize séances qui se sont tenues cette année sont au nombre de quatre : la recherche des sources et des indicateurs ; les institutions collectives ; les marchés et les voies du développement.

Peter Moser, qui dirige les Archives d’histoire rurale en Suisse a présenté les mécanismes par lesquels les sources d’histoire privée sont mises à la disposition des chercheurs aussi bien à travers une politique d’archivage que d’une entreprise de constitution d’un répertoire. Ofelia Rey Castelao a montré l’importance économique du Vœu de Saint-Jacques à travers le prélèvement mis en place avec le soutien de la monarchie et elle a mis en évidence son intérêt en tant qu’indicateur démographique et qu’instrument de connaissance de la production agricole dans l’Espagne moderne.

Au cours de la séance inaugurale, Laurent Brassart, Jean-Pierre Jessenne et Nadine Vivier ont assuré la présentation du livre collectif (Clochemerle ou république villageoise ? La conduite municipale des affaires villageoises en Europe XVIIIe-XXe siècle, Villeneuve-d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2012) qu’ils ont dirigé dans le cadre du programme du GDR Sociétés rurales européennes qui avait lui-même présidé aux activités d’ERHiMoR et du séminaire jusqu’en 2012. Cet ouvrage entendait montrer l’importance d’une histoire comparée des collectivités locales à l’échelle européenne au cours des XVIIIe-XXe siècles, en confrontant le modèle français des communautés rurales aux expériences étrangères, en analysant leur rôle et en isolant des phases dans leur développement. De son côté, à partir de sa thèse qu’il a soutenue en décembre 2012, Niccolo Mignemi a proposé un itinéraire comparé des coopératives agricoles en France et en Italie dans la première moitié du XXe siècle, en marquant leur fonction spécifique et en signalant leur évolution divergente. Ana Teruel a, pour sa part, signalé et analysé la place singulière des propriétés collectives dans une zone située au Nord-Ouest de l’Argentine, à la limite de la Bolivie, au cours du XIXe siècle. Enfin, Benoît Grenier a retracé le destin et la persistance inattendue des rentes seigneuriales au Québec après la conquête mais aussi après la commutation décidée en 1854 qui aurait dû les abolir, jusqu’à leur extinction tardive en 1940.

Tandis que Gérard Béaur rendait compte de l’avancement de ses travaux sur l’articulation du crédit formel et du crédit informel dans la région chartraine au XVIIIe siècle (1735-1760), Béatrice Craig décrivait l’activité des marchands d’Argenteuil au Québec pendant la période des rébellions au milieu du XIXe siècle. En utilisant leurs livres de comptes dans le cadre du projet qu’elle poursuit sur les modes de consommation, elle a montré les débuts d’une spécialisation marchande, inexistante à l’origine, l’usage du crédit et la multiplicité des comptes des clients. S’adressant au marché du travail, Ofelia Rey Castelao a retracé le sens des migrations rurales dans l’Espagne du XVIIIe siècle, en insistant sur les conditions d’emploi et d’insertion des femmes migrantes dans des contextes différents.

Mathieu Arnoux a présenté son livre sur le Temps des laboureurs (Paris, Albin Michel, 2012) et défendu la thèse qu’il y soutient sur l’avènement d’une idéologie du travail et sur le rôle de l’intensification des efforts paysans pendant la croissance des XIe-XIIIe siècle. Peter Moser a mené une comparaison argumentée sur le parcours parallèle fort contrasté d’une agriculture dans un pays rural et dans un pays industriel entre 1850 et 1950, en analysant le cas de l’Irlande et celui de la Suisse. Alain-Gilles Chaussat a présenté la thèse qu’il a entreprise sur le sarrasin en Normandie entre le XVIIIe et le XXe siècle pour montrer son importance en tant qu’amortisseur des crises de subsistances et Sylvain Brunier a rendu compte des acquis de la thèse qu’il venait de soutenir sur le métier de conseiller agricole entre 1945 et 1983 par une comparaison de leur place dans le développement de l’agriculture en Isère et en Savoie.

Publications

Le contrat de mariage,numéro spécial des Annales de démographie historique, vol. 121, n° 1, 2011, avec introduction « Le contrat de mariage dans les sociétés européennes. Enjeux familiaux et pratiques des acteurs », p. 5-21.

Family formation, labour and income strategies,vol. 3 de Rural economy and society in Northwestern Europe 1000-2000 (co-éditeur), Turnhout, Brepols, (« Corn series »), 2011 avec chapitres sur la France en coll., p. 99-154 et introduction en coll., p. 323-347.

Avec Ph. Schofield, J.-M. Chevet et M. T. Perez Picazo, Property rights, land markets and economic growth, vol. 1 deRural history in Europe, Turnhout, Brepols, 2013 (G. Béaur et J.-M. Chevet, Introduction, « Institutional change and agricultural change »).

« Histoire économique, histoire des campagnes : le renouveau d’un paradigme », dans L’histoire économique en mouvement entre héritages et renouvellements, sous la dir. de J.-C. Daumas, Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2012, p. 125-142.

« Frauder, réglementer, contrôler, sanctionner. Les voies de l’illicite dans les sites portuaires et insulaires », dans Territoires de l’illicite : ports et îles. De la fraude au contrôle (XVIe-XXe siècle), sous la dir. de M. Figeac-Monthus et Ch. Lastécouères, Paris, Armand Colin, 2012, p. 389-400.

 

2011-2012

Histoire économique et sociale des campagnes (XVIIe-XXe siècle)

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Le séminaire est entré dans sa onzième année et accueille toujours deux fois par mois les étudiants et les collègues dont l’intérêt se porte vers l’histoire de l’agriculture et, plus largement, vers l’histoire du monde rural. Institué en collaboration avec Annie Antoine (Université de Rennes 2), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris X-Nanterre) et Nadine Vivier (Université du Maine), c’est un lieu ouvert à tous ceux qui sont à la fois curieux de mieux connaître la recherche en train de se faire et d’entendre des chercheurs venus de tous les horizons exposer leurs travaux, leurs doutes, leurs hypothèses et leurs résultats. Il entend ainsi franchir le seuil des recherches érudites, étroitement hexagonales, voire monographiques, pour être un centre de réflexion et de débat qui permette une véritable mise en perspective internationale et qui donne des clés d’interprétation pour les sociétés contemporaines. Cette prise de position explique que les questions qui y sont abordées cette année aient balayé très large chronologiquement et aient été traitées par de nombreux collègues étrangers. Sur 13 séances, il y eut 4 présentations par des collègues espagnols, deux par un Italien, 1 par un Portugais, 1 par un Mexicain, deux par des Nord-Américains et seulement 3 par des Français. On ne saurait mieux afficher ce qui différencie ce séminaire des rares endroits où l’on « fait » encore de l’histoire rurale : la mise en perspective internationale est une priorité qui évite les fausses évidences et les illusions sur l’exceptionnalité ou la banalité des phénomènes observées. Les thématiques qui ont été discutées ont toutes été en phase avec les activités du groupe de recherches ERHIMOR et avec les axes du GDR Histoire des Campagnes Européennes : les crises ; les droits de propriété ; les voies de l’essor économique ; les différenciations sociales. Ce n’est pas un hasard si les premières séances ont rendu compte des rencontres internationales qui ont été impulsées par ces structures.°

2010-2011

Histoire économique et sociale des campagnes (XVIIe-XXe siècle)

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Ce séminaire bi-mensuel, qui entrera à la fin de 2011 dans sa dixième année se tient parallèlement à un autre séminaire dirigé par Joseph Goy avec Gérard Béaur, Rolande Bonnain et Jean-Paul Desaive sur l’histoire de la famille et de la reproduction sociale. Il a été institué en collaboration avec Annie Antoine (Université de Rennes-II/Haute-Bretagne), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris-Ouest/Nanterre La Défense) et Nadine Vivier (Université du Maine), avec l’intention clairement affichée de développer sur des bases nouvelles les travaux qui intéressent l’histoire de l’agriculture et l’histoire du monde rural. Il s’agit de considérer ces questions comme des clés d’interprétation des sociétés contemporaines et de promouvoir une large ouverture internationale.

Les rapports de la campagne à la ville et aux marchés, l’évolution des droits de propriété et leur incidence sociale, économique, environnementale, les processus de croissance et les transformations liées aux spécialisations ou aux mécanismes d’intensification, la construction des liens sociaux et la mesure des inégalités sociales, les politiques d’encouragement à l’agriculture impulsées par les États constituent les thèmes privilégiés dans le prolongement d’un programme européen COST (2005-2009) et d’un GDR orientés précisément vers ces axes de recherches. Le séminaire a pour ambition d’être un lieu de discussion à la pointe de la réflexion actuelle sur « la ruralité » et une tribune pour mieux faire connaître la recherche qui est en train de s’élaborer dans ce domaine. Cette année, quatre chercheurs venus d’au-delà de nos frontières et trois autres en fin ou en cours de thèse/HDR sont venus présenter leurs travaux.

Gérard Béaur et Arlette Schweitz ont ouvert les séances en explorant la progression socialement différenciée du niveau de vie dans une région rurale : la Brie entre le début du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle et en procédant à un réexamen critique du concept de « révolution industrieuse » proposé par Jan de Vries. À l’inverse deux autres intervenants, dont les travaux concernent également les changements sociaux dans les campagnes, ont insisté sur la détresse du monde rural, lors des crises alimentaires en Italie du Nord à la fin du XVIe siècle (Guido Alfani), ou dans l’Italie contemporaine, entre les années 1930 et les années 1950 (Niccoló Mignemi).

À trois reprises, le problème des comportements familiaux et celui de la situation des communautés rurales ont été abordés dans ce séminaire. Peter Jones a rappelé l’importance du journal des voyages en Haute-Guienne de J.-F. Henry de Richeprey pour les paroisses du Rouergue et du Quercy. Francisco Garcia Gonzalez a fait le point sur l’histoire de la famille en Espagne du XVIe au XIXe siècles avant d’analyser les relations intergénérationnelles et les trajectoires sociales dans l’Espagne moderne pour mieux comprendre les processus de mobilité et pour réfléchir au « cours de la vie » (life-course) des individus au sein de leurs familles.

Trois autres séminaires ont abordé la question du changement économique dans les campagnes. Stéphanie Lachaud a décrit les conditions d’émergence d’un vin de qualité : le Sauternes, depuis les premières mentions découvertes dans les années 1650 jusqu’à la fin de l’Ancien Régime à partir de la thèse qu’elle a soutenue en 2010. Jean-Michel Chevet a présenté les résultats d’une enquête entreprise avec les agronomes sur l’amélioration de la qualité des vins de Bordeaux du XVIIIe siècle à nos jours. Enfin, Jean-Michel Derex a montré l’importance économique et sociale des régions de marais à partir de la HDR qu’il a soutenue récemment.

Quatre autres interventions ont porté sur les tentatives de réforme opérées tant sur le plan politique qu’économique. En faisant le bilan d’une réunion internationale qu’il avait organisée quelques mois auparavant, Pablo Luna est revenu sur les tentatives de réformes agraires qui balisent l’histoire des pays méditerranéens et sud-américains. Tim Le Goff a suppléé Fernand Ouellet, empêché, pour tenter une réinterprétation de la seconde insurrection de 1837-1838 au Bas-Canada qui a fait couler tellement d’encre. Peter Jones a interrogé le processus de la Révolution agricole et il a évoqué les opérations de remembrement des terres en Lorraine à l’époque de l’intendant Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière, avant de faire le point sur l’importance d’Arthur Young en retraçant son itinéraire et en décryptant sa personnalité.

Publications

• Revisiter les crises, numéro spécial d’Histoire et Mesure, en coll. avec Jean-Michel Chevet, Maria-Teresa Perez-Picazo et Cormac O’Grada. Introduction, n° 1 2011.

• Avec François Menant et avec Jean-Pierre Jessenne et Nadine Vivier, « Northern France, 1000-1750 », dans Rural Economy and Society in North-Western Europe 500-2000, vol. 4, Social relations. Property and Power, sous la dir. de J.P Bas Van Bavel et Richard W. Hoyle, Turnhout, Brepols, Corn series, 2010, p. 111-138.

• « Les publications dans l’évaluation des chercheurs et des unités dans le dispositif français en sciences humaines », dans L’évaluation de la recherche en sciences humaines et sociales. Regards de chercheurs, sous la dir de Paul Servais, Louvain-la-Neuve, Bruylant-Academia, 2011, p. 167-181.

2009-2010

Droits de propriété et problèmes fonciers, systèmes de productions, liens sociaux dans le monde rural, politique d'encouragement à l'agriculture

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Ce séminaire bi-mensuel est, avec celui de Joseph Goy et alii, dont les problématiques s’articulent sur les siennes, l’un des seuls en Région parisienne qui soit consacré exclusivement à l’histoire des campagnes et qui soit animé par des spécialistes de ce champ scientifique. Il réunit, en effet, autour de Gérard Béaur et des responsables du groupe de recherches ERHIMOR (Équipe de Recherches pour l’HIstoire du MOnde Rural) : Annie Antoine (Université de Rennes-2), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris-Ouest/Nanterre La Défense), Nadine Vivier (Université du Maine), un groupe de chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants dont les travaux tournent autour de l’histoire du monde rural. Il a pour ambition de retrouver dans l’expérience historique quelques-unes des clés d’explication qui permettent de mieux comprendre les campagnes de notre temps et les sociétés rurales d’aujourd’hui. Les thèmes qui sont abordés à chacune des séances sont en lien avec les travaux du GDR Histoire des Campagne Européennes. Si l’ouverture internationale est privilégiée avec un appel fréquent à l’expertise de chercheurs étrangers, des jeunes thésards ou des chercheurs français confirmés viennent également y présenter leurs travaux afin de placer ce lieu de discussion à la pointe de la réflexion actuelle sur « la ruralité » et de mieux faire connaître la recherche qui est en train de se faire dans ce domaine. Cette année, cinq chercheurs venus d’au-delà de nos frontières et quatre jeunes chercheurs qui viennent d’achever leur thèse ont participé à nos travaux.

Gérard Béaur a ouvert le séminaire avec une rétrospective historiographique qui reprenait et amplifiait la présentation qu’il avait faite dans le cadre du RTP Histoire économique. Elle était destinée à pointer quelques-unes des raisons qui ont permis à l’histoire rurale d’asseoir sa prééminence dans les années 1960-1970, puis à émettre des hypothèses sur les racines de la désaffection qui s’est abattue sur ce champ dans les années 1980 et 1990, avant de dégager quelques thèmes qui marquent actuellement le renouveau de ce type de réflexion. Les séances ont été orientées vers trois thèmes principaux : les mouvements économiques, les changements agraires, les questions sociales et démographiques. Sur le thème des mouvements économiques, Cormac O’Grada a revisité la grande crise de 1943-1944 au Bengale, en a analysé les causes, montré l’ampleur et révélé les effets, en lien avec les interrogations récentes d’ERHIMOR sur les crises économiques et démographiques du passé. Emmanuel Le Roy Ladurie a mobilisé les pièces du dossier extrêmement étoffé dont il dispose sur les mutations climatiques dans la longue durée, du petit optimum médiéval au réchauffement contemporain, pour préciser les enjeux et les débats actuels autour du réchauffement de la planète. Noëlle Plack a présenté une recherche en cours sur les conséquences de la Révolution pour l’économie viticole, enfin Florian Reynaud qui vient de soutenir une thèse sur l’élevage dans la pensée agronomique a retrouvé non seulement les priorités qui apparaissent dans les traités des agronomes des XVIIIe et XIXe siècles mais a marqué les limites du lien entre la théorie et la pratique dans certaines régions clés. Sur les changements agraires, Noëlle Plack a montré les effets de la Révolution et des ventes de biens nationaux sur l’expansion de la viticulture languedocienne. Fabrice Perron, qui a soutenu récemment une thèse sur la Champagne pendant le Directoire, a entrepris de décrire l’influence de ce régime décrié sur la politique agricole et sur le marché foncier. À partir de la thèse qu’il vient également de soutenir, Benoît Grenier a mis en évidence un phénomène largement ignoré, à savoir la persistance du rapport seigneurial dans le Québec des XIXe et XXe siècles. Prenant en exemple le cas argentin, Andrea Reguera a décrit avec force le mécanisme de formation des estancias en lien avec l’ouverture de la frontière. Sur les questions sociales et démographiques, Jérémy Hayhoe a entrepris de mettre à contribution le recensement de l’an IV en Côte-d’Or pour apprécier le degré d’exogamie au mariage et de là le degré de mobilité géographique des villageois à la fin du XVIIIe siècle. Emmanuelle Charpentier dont la thèse vient d’être soutenue a montré les relations ambiguës qui unissent ou divisent les populations maritimes et le littoral dans la Bretagne nord du XVIIIe siècle. Cormac O’Grada s’est penché sur les encouragements à l’épargne et les mécanismes de crédit à l’œuvre en Irlande en faveur des déshérités. Enfin, Andrea Reguera a analysé les réseaux sociaux dans l’Argentine du XIXe siècle en portant son analyse sur un cas exemplaire, celui de Rosas. Toutes ces contributions sont en lien avec les opérations conduites par le GDR et par ERHIMOR sur l’histoire de la famille dont la plus significative a été l’organisation d’un faisceau de sessions lors du congrès de l’ESSHC à Gand à l’automne 2009 et avec la réflexion sur les élites à laquelle plusieurs membres ont participé lors du colloque de Bordeaux sur les Élites et la terre.

Publications

• « Alternative agriculture or agricultural specialization in early modern France », Agricultural History Review, suppl England-France A common agricultural heritage, chapitre 9, 2009, p. 121-137.

• « El credito y el tierra en Francia en el siglo xviii », dans Il Mercato del Credito in Eta Moderna. Reti e operatori finanziari nello spazio europeo, sous la dir. d’Elena Maria Garcia Guerra et Giuseppe De Luca, Milan, FrancoAngeli, 2010, p. 113-126.

• « Conclusión », dans Les Élites et la terre du XVIe siècle aux années 1930, sous la dir. de Carolina Le Mao et Corinne Marache, Paris, A. Colin, 2010, p. 333-338.

• « La venta de bienes nacionales y el Mercado ordinario », dans De la Iglesia al Estado. Las desamortizaciónes de bienes eclesiásticos en Francia, España y America Latina, sous la dir. de Bernard Bodinier, Rosa Congost y Pablo F. Luna, 2010, p. 277-302.

2008-2009

Propriété, systèmes productifs, liens sociaux, politique d’encouragement à l’agriculture

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Le séminaire se réunit tous les 15 jours autour de Gérard Béaur et des responsables du groupe de recherches ERHIMOR (Équipe de Recherches pour l’histoire du monde rural) : Annie Antoine (Université de Rennes-II/Haute-Bretagne), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris X/Nanterre), Nadine Vivier (Université du Maine). Il a pour ambition de retrouver dans l’expérience historique quelques-unes des clés d’explication pour mieux comprendre les campagnes de notre temps et les sociétés rurales d’aujourd’hui. Les thèmes qui sont abordés à chacune des séances sont en lien à la fois avec les travaux du GDR SOciétés Rurales Européennes et avec ceux de l’action européenne COST en cours depuis quatre ans. Si l’ouverture internationale est privilégiée avec un appel fréquent à l’expertise de chercheurs étrangers, des jeunes thésards ou des chercheurs français confirmés viennent également y présenter leurs travaux afin de placer ce lieu de discussion à la pointe de la recherche française sur les questions liées à la ruralité.

Cette année, les séances du séminaire ont pris pour cible trois objets principaux : les modèles de développement agricole, le fonctionnement et la place de l’argent et du crédit, l’action de l’État et les agents de l’autorité dans les campagnes.

Sur le thème des progrès agricoles, Gérard Béaur a ouvert le séminaire avec un exposé très critique sur le rôle pionnier de l’Angleterre dans le processus de la révolution agricole au XVIIIe siècle, en relativisant les performances de l’agriculture britannique et la portée des innovations apportées dans les pratiques agricoles. Danilo Gasparini a présenté le problème de l’engrais dans les agricultures anciennes et comparé les prescriptions contenues dans les traités d’agronomie avec les pratiques. L’influence de la ville sur les campagnes avoisinantes et la spécificité des sociétés villageoises qui vivent dans son orbite ont été analysées par Florent Mérot, à partir d’une thèse en cours pour la vallée de Montmorency entre 1640 et les années révolutionnaires, et par Hervé Bennezon pour Montreuil, également « à l’ombre de Paris », sous le règne de Louis XIV, à partir d’une thèse soutenue et publiée récemment. Enfin Paul Servais a montré comment le modèle agraire ardennais avait été profondément transformé entre le XVIIIe et le XXe siècle et combien les niveaux de vie, aussi bien que la culture matérielle, avaient changé en même temps que les structures agraires dans les campagnes liégeoises, pendant la même période sous la poussée des bouleversements économiques qui se produisirent de manière précoce, et jusqu’au siècle dernier.

Dans la sphère de l’argent et du crédit, Laurence Fontaine est intervenue à propos de son livre L’économie morale. Pauvreté, crédit, confiance dans l’Europe préindustrielle, en montrant la continuité, la pertinence et l’efficacité des pratiques de microcrédit dans l’Europe d’Ancien Régime comme aujourd’hui. La question de la place de la monnaie dans l’économie des campagnes sous l’Ancien Régime a été abordée par Jérôme Jambu, à partir de la thèse qu’il vient de soutenir, sous l’angle d’une circulation monétaire plus intense que ce que les historiens présument communément pour cette période. Enfin, Maria Elena Barral a apporté une vision neuve des pratiques de l’aumône à Buenos-Aires entre 1750 et 1850, de sa fonction dans les mécanismes de circulation des biens, et de l’importance des réseaux ruraux d’information.

Sur le rôle de l’État, Nadine Vivier a présenté le livre qu’elle vient de diriger chez Brepols dans le cadre du programme COST, et qui figure comme le premier volume de la collection « Rural history in Europe » dirigée par Gérard Béaur. The State and rural societies. Policy and education in Europe 1750-2000, présente les différentes facettes de l’intervention étatique dans les pays européens, notamment dans le domaine de l’enseignement agricole. Une telle politique agricole remonte bien au-delà du XVIIIe siècle, comme le démontre Danilo Gasparini en prenant pour exemple Venise et sa politique agricole entre le XVe et le XVIIIe siècle et en montrant sa logique et son efficacité, Bernard Bodinier et Pablo Luna ont résumé les conclusions d’un colloque qui s’est tenu très récemment à Gérone, à l’instigation du GDR et de l’Université de Gérone sur la désamortisation des biens ecclésiastiques, avec une comparaison inédite entre la vente des biens nationaux et les réformes entreprises aussi bien en Espagne qu’en Amérique espagnole. Antoine Follain, enfin, a pu décrire l’action de personnages encore peu étudiés et dont l’importance est capitale pour gérer les affaires des communautés rurales entre le XVe et le XVIIe siècle : les officiers de villages.

2007-2008

Propriété, systèmes productifs, liens sociaux, politique d'encouragement à l'agriculture

Gérard Béaur, directeur d'études à l'EHESS (TH)

Le séminaire s’est réuni autour de Gérard Béaur et des principaux responsables du groupe de recherches ERHIMOR (Équipe de recherches pour l’histoire du monde rural) : Annie Antoine (Université Rennes-II), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université Paris X-Nanterre), Nadine Vivier (Université du Maine), les chercheurs et étudiants qui sont à la recherche de clés d’explication pour les campagnes d’aujourd’hui à partir de l’expérience historique. Cette année encore, et pour la seconde fois, les thèmes de recherche privilégiés par ce séminaire sont « Propriété, systèmes productifs, liens sociaux, politique d’encouragement à l’agriculture », c’est-à-dire les orientations scientifiques définies par l’équipe et qui alimentent à la fois les travaux du GDR sociétés rurales européennes et ceux de l’action européenne COST en cours depuis trois ans.

Les séances du séminaire ont pris pour cibles trois objets principaux : les relations de propriété, les migrations et le sort des populations rurales, les spécialisations et les facteurs de progrès agricole. Sur le premier volet de ce triptyque, Renata Ago a pu montrer la complexité des droits de propriété dans une économie d’Ancien Régime en prenant l’exemple italien au XVIIIe siècle, puis analyser les relations entre la propriété et le crédit au niveau européen. Jean Heffer a présenté les transferts de terres dans le comté de Lincoln (Missouri) au moment de la guerre de Sécession pour dégager les facteurs qui orientent la définition du prix sur un marché foncier.

Pour le deuxième volet, Jean-Pierre Poussou est intervenu pour reprendre le dossier si controversé de la mobilité rurale à partir des données qu’il a rassemblées pour le Lot-et-Garonne du milieu du XIXe siècle à 1914, tandis que Morgane Vary a pris l’exemple de la mobilité ou plus exactement des formes de mobilités des populations marginales sur le littoral breton au XVIIIe siècle. Thomas Brennan a analysé avec une grande précision le cycle de vie des vignerons champenois au XVIIIe siècle et Gérard Béaur a présenté le recueil d’articles de Micheline Baulant : publié récemment, cet ouvrage fourmille d’informations tirées notamment des inventaires après décès et restitue avec beaucoup de précision la vie matérielle des campagnes briardes au XVIIe siècle.

Sur le troisième volet, Jean-Pierre Delhoume a mobilisé des comptabilités d’exploitation pour se porter sur une spécialisation que l’on connaissait mal jusqu’alors pour cette zone rurale, c’est-à-dire l’élevage bovin dans une région en plein essor dès le XVIIIe siècle. Benoît Musset s’est tourné vers une autre spécialisation qui devait ultérieurement connaître un succès spectaculaire, puisqu’il s’agit du vin de Champagne. Il a ainsi décrit l’avènement des vins de Champagne mousseux en bouteilles et en a suivi l’essor, poussé par un phénomène de mode, ainsi que les effets sur l’organisation de la production viticole entre 1650 et 1830. Explorant la même région et les mêmes milieux sociaux, Thomas Brennan a décrit le commerce du vin dans la France de cette époque et son lien avec ce que l’on appelle l’« économie morale ». Enfin, Nagwa Abou El Maaty a entrepris de restituer le rôle des fermes écoles dans la modernisation de l’agriculture du XIXe siècle, en s’inspirant de l’exemple de la Bretagne.

Une séance exceptionnelle a été réservée aux liens avec les questions environnementales et climatiques. Pascal Yiou, Valérie Daux, Emmanuel Le Roy Ladurie et Emmanuel Garnier ont présenté le programme Ophélie et les données phénologiques disponibles qui fournissent une interprétation de l’histoire du climat ouest-européen, du XIVe siècle à nos jours, et constituent une contribution aux controverses actuelles sur le réchauffement climatique que connaît aujourd’hui notre planète.

Publications

• « Trop de stratégie ? Transmission, démographie et migration dans la Normandie rurale du début du XIXe siècle (Bayeux, Domfront, Douvres, Livarot) », sous la dir. de Jean-Pierre Poussou et Isabelle Robin-Romero, Histoire des familles, de la démographie et des comportements, en hommage à Jean-Pierre Bardet, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2007, p. 37-53.

• « 60 ans après Renève. La marche de la terre avant et après la Révolution », dans Campagnes en mouvement en France du XVIe au XIXe siècle. Autour de Pierre de Saint Jacob, Textes réunis par Antoine Follain, 2007.

• « El Mercado della tierra en la Francia preindustrial (siglo XVII-inicios del siglo XIX) », Investigaciones Sociales, Junio 2007, especial Dossier La Historia Rural en Francia. Evoluciones Recientes, p. 585-606, et Signos Historicos, enero-junio 2007, especial Dossier La Historia Rural en Francia. Evoluciones Recientes, p. 138-165.

• « Financer l’agriculture » dans le catalogue de l’exposition organisée par le COMPA à Chartres, La banque verte s’affiche. Un siècle de publicité, 2007, p. 17-24.

2006-2007

Le séminaire « Histoire économique et sociale des campagnes » réunit autour des responsables du GRHEC (le Groupe de Recherches pour l’Histoire Economique des Campagnes, qui est l’un des deux éléments constitutifs de l’Equipe de Recherches pour l’Histoire du Monde Rural, ERHIMOR), à savoir Annie Antoine (Université de Rennes 2), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris X-Nanterre) et Nadine Vivier (Université du Maine), chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA et étudiants intéressés par les développements d’une problématique renouvelée autour d’une histoire transnationale des campagnes dans la longue durée. Les axes majeurs de ce séminaire sont au nombre de 4 : Propriété, Systèmes productifs, Liens sociaux, Politique d’encouragement à l’agriculture et ils recoupent largement les thématiques envisagées par le GDR du CNRS « Sociétés Rurales Européennes », aussi bien que les grands chantiers sur lesquels travaillent tous les chercheurs engagés dans un vaste programme européen, l’Action A35 Progressore. C’est précisément à l’explicitation d’une pleine articulation de ces centres de réflexion que Gérard Béaur a consacré son exposé liminaire, en insistant sur leur dynamisme et en en pointant leur totale originalité avec une large ouverture sur l’international qui sanctionne le refus de s’enfermer dans une histoire hexagonale des campagnes.

• Cette orientation vers le transnational est apparue nettement dans l’exposé de Jakob Vogel qui a révélé l’importance des transferts culturels sur la question des engrais au 19e siècle entre les chimistes français : Jean-Baptiste Boussingault, allemand : Liebig et anglais : John Lowes, et la capacité de mettre en valeur un savoir régional dans ce registre des voies du progrès agricole, mais à l’échelle nationale, Daniel Roche s’est penché sur l’omniprésence des chevaux à la campagne et a fait émerger une véritable géographie du cheval dans l’espace français à la fin de l’ère pré-industrielle. Parallèlement, le rôle des grandes exploitations dans la modernisation des campagnes a été soumis à un examen critique à travers deux exemples irréductibles, le Mexique et la Prusse du 19e siècle. Si Alejandro Tortolero a pu démentir la réputation d’archaïsme des haciendas mexicaines et montrer à partir de deux cas exemplaires : Chalco et Morelos, combien elles étaient au cœur du changement agricole, Thierry Jacob a réfuté l’idée tacitement admise d’une noblesse prussienne hostile au capitalisme et économiquement incompétente et a entrepris de mettre en valeur sa participation au processus d’industrialisation notamment dans le secteur agro-industriel. Cela n’a pas empêché Alejandro Tortolero de faire l’inventaire des obstacles à l’innovation qui entravaient le développement économique dans les campagnes mexicaines.

• Une seconde série de séminaires a abordé la question des spécialisations et du mode de fonctionnement des sociétés rurales dans la continuité de plusieurs séances de l’année précédente. L’importance du rôle des paysans de Paris au 16e siècle, sollicités par un marché en pleine expansion et confrontés à la pression foncière sur l’espace qu’ils mettent en valeur a été démontrée par Clément Gurvil. Les phases de l’essor de la production laitière dans l’Angleterre de la Révolution Industrielle ont été identifiées par John Broad et la place fondamentale des femmes sur ce segment a été vérifiée à rebours de ce qu’avançait l’historiographie anglaise classique. Par ailleurs, les rapports complexes qui unissaient les familles et la terre ont été présentés par Juan Carlos Garavaglia pour le Rio de la Plata aux 18e et 19e siècles, le poids de l’endettement dans l’économie rurale a été mesuré par Thomas Brennan dans le cas des communautés champenoises au 18e siècle, enfin le sort des pauvres dans les paroisses anglaises depuis le 16e siècle et le traitement que leur réservaient les communautés rurales, ont été exposés par John Broad.

•Une troisième série de séminaires a entrepris de revenir de manière critique sur des positions peu discutées par l’historiographie, que ce soit pour remettre en cause la prégnance de la « soudure » et pour marquer la force de la spéculation dans les économies agraires d’Ancien Régime, comme l’a esquissé Gérard Béaur, ou pour apporter un correctif aux thèses actuelles sur le réchauffement tendanciel et non pas conjoncturel du climat, en s’appuyant sur les données phénologiques de la vigne en Bordelais, comme l’a fait Jean-Michel Chevet dans la séance finale.

Bibliographie.

Meaux et ses campagnes. Vivre et survivre dans le monde rural sous l’Ancien Régime, textes de Micheline Baulant rassemblés et édités en coll. par Arlette Schweitz, Gérard Béaur et Anne Varet-Vitu, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, 418 p., avec une introduction de Gérard Béaur,« le parcours d’une historienne : des mercuriales parisiennes aux inventaires après décès de la région de Meaux. Contribution à l’histoire des campagnes d’Ancien régime », pp. 7-16.

Gérard Béaur,“The benefits of a historiographic crisis : the study of French rural history (c.1500-1800) during the last fifty years”, in Erik Thoen and Leen Van Molle (eds), Rural history in the North Sea Area. An overview of recent research (Middle Ages-twentieth century), Turnhout, Brepols, 2006, p. 119-145. Gérard Béaur, « Trop de stratégie ? » in Jean-Pierre Poussou, Isabelle Robin-Romero, Pierre Chaunu, Histoire des familles, de la démographie et des comportements : en hommage à Jean-Pierre Bardet, Paris, Presses Universitaires de la Sorbonne, 2007.

2005-2006

Le séminaire « Histoire économique et sociale des campagnes » était cette année encore axé sur la triple question de la Propriété, des Stratégies et des Changements dans les sociétés et les économies rurales dans le temps long, et il s’est interrogé sur les liens pouvant être mis au jour entre les trois termes de cette formulation. Il a réuni autour de Gérard Béaur et des membres du GRHEC (Groupe de Recherches pour l’Histoire Economique des Campagnes), notamment Annie Antoine (Université de Rennes 2), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris X-Nanterre) et Nadine Vivier (Université du Maine), chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA et étudiants intéressés par les développements d’une problématique renouvelée. Les séances ont été organisées en fonction de trois axes majeurs : la question des spécialisations et de la circulation, des progrès techniques, agronomiques et zootechniques, celle des marchés et du foncier, celle du progrès agricole et des acteurs de la croissance dans l’espace ibérique.

Au cours de la séance inaugurale, Gérard Béaur a porté l’attention sur les « alternative cultures » assez délaissées jusque-là par l’historiographie, à la fois pour en pointer l’importance et insister sur le rôle-moteur des marchés comme vecteurs de leur essor et pour marquer leur dépendance à l’égard des cultures céréalières. Thierry Michel envisageait la question centrale pour les économies anciennes des techniques de conservation des grains et des initiatives prises par agronomes et expérimentateurs. Daniel Roche a scruté avec précision les efforts et les hésitations des zootechniciens et des acteurs qui le font fonctionner pendant l’Ancien Régime jusqu’à l’avènement du chemin de fer et l’effacement du cheval dans un domaine où il a longtemps joué un rôle capital.

Patrick Cerisier s’est employé à montrer la complexité de l’organisation des marchés dans une France du Nord confrontée à des flux céréaliers entre régions complémentaires et à une circulation plus ou moins bien contrôlée de part et d’autre de la frontière avec les Pays-Bas autrichiens au 18e siècle. Les questions abordées par Julien Demade, à travers le cas d’un village franconien du 15e siècle, visaient à mieux comprendre, encore une fois au niveau micro, avec un appareil statistique classique, les phénomènes spéculatifs dans les transactions sur les produits et les terres. L’usage de la temporalité dans l’exercice du prélèvement seigneurial avait pour résultat de maximiser le profit sur le marché des  agronomes pour sélectionner et améliorer la qualité des chevaux dans l’Europe des 18e-19e siècles. Enfin, Patrick Marchand a pu caractériser le système de transport public, les institutions et les acteurs qui le font fonctionner pendant l’Ancien Régime jusqu’à l’avènement du chemin de fer et l’effacement du cheval dans un domaine où il a longtemps joué un rôle capital.

Patrick Cerisier s’est employé à montrer la complexité de l’organisation des marchés dans une France du Nord confrontée à des flux céréaliers entre régions complémentaires et à une circulation plus ou moins bien contrôlée de part et d’autre de la frontière avec les Pays-Bas autrichiens au 18e siècle. Les questions abordées par Julien Demade, à travers le cas d’un village franconien du 15e siècle, visaient à mieux comprendre, encore une fois au niveau micro, avec un appareil statistique classique, les phénomènes spéculatifs dans les transactions sur les produits et les terres. L’usage de la temporalité dans l’exercice du prélèvement seigneurial avait pour résultat de maximiser le profit sur le marché des grains tandis que le marché de la terre fonctionnait de manière extrêmement fluide et se montrait particulièrement volatil. Zahia Soudani a entrepris de définir l’orientation des flux de la propriété foncière notamment entre indigènes et colons dans le Constantinois de l’Entre-deux-guerres. Georg Fertig s’est appliqué à mettre en évidence les relations compliquées entre le marché de la terre et les cycles de vie, puis à examiner de manière critique la fonction des relations de parenté dans l’élaboration et dans le succès des stratégies familiales, en se portant sur le terrain micro-historique à partir de l’étude de trois villages de Westphalie au 19e siècle. Enfin, Laurent Herment a analysé également au niveau micro, grâce à un corpus d’inventaires après décès, les stratégies d’épargne des petits exploitants de la région de Milly au 19e siècle tout au long de leur cycle de vie. Francis Brumont s’est attaché à expliquer les inflexions conjoncturelles et le rôle des élites dans deux régions voisines mais fort différentes, la Vieille et la Nouvelle Castille aux 16e et 17e siècles. Daniel Roche a présenté les processus de sélection des races sous l’impulsion des agronomes au cours de la période qui va du 16e au 19e siècle. Au cours de deux exposés complémentaires, Rui Santos a analysé la situation de l’Alentejo et de ses exploitants pour montrer la place des relations contractuelles, et en insistant particulièrement sur rôle des baux emphytéotiques, dans l’évolution agricole d’une région, avant de mettre au jour la permanence des processus d’accumulation de la terre par les élites dans la longue durée entre le 17e et le 19e siècle.

Bibliographie.

Gérard Béaur, « En un débat douteux. Les communaux, quels enjeux dans la France des XVIII-XIX siècles ? », Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 53-1, 2006, pp. 89-114

« Alternative cultures and specialisations in 18th century France”, à paraître.

 2004-2005

Le séminaire « Histoire économique et sociale des campagnes » a réuni autour d’un groupe de chercheurs qui forme avec Gérard Béaur le noyau du GRHEC (Groupe de Recherches pour l’Histoire Economique des Campagnes) et du GDR SORE (SOciétés Rurales Européennes) : Annie Antoine (Université de Rennes 2), Jean-Michel Chevet (INRA), Jean Duma (Université de Paris X-Nanterre) et Nadine Vivier (Université du Maine), chercheurs, enseignants-chercheurs, ITA et étudiants autour des questions qui tournent autour de l’histoire du monde rural dans la longue durée. Il s’agit d’un champ en plein renouveau après une longue crise qui l’avait gravement affecté pendant les années 1980 et qui s’est révélée d’une certaine façon bénéfique en obligeant les historiens des campagnes à revoir leurs méthodes, leurs approches et leurs problématiques, comme l’a rappelé Gérard Béaur, dans son exposé liminaire. Cette année encore le séminaire s’est focalisé sur les questions de propriété, les stratégies et les changements, sans renoncer à explorer d’autres thématiques liées aux problèmes de la ruralité et en accordant une attention insistante mais non pas exclusive sur le XVIIIe siècle et les sociétés européennes. Trois axes ont structuré ce séminaire : le crédit et la circulation de la propriété, les relations sociales, les processus de développement.

Si Antoni Furiò a pu remonter jusqu’aux XIIIe-XVe siècles dans le pays de Valence (Espagne), pour envisager les facettes multiples du crédit rural, marquer leur articulation, dégager leur évolution et pour montrer la forte activité du marché de la terre, pour en souligner le caractère largement extra-familial, c’est l’Alsace du XVIIIe siècle qui a servi de terrain d’expérimentation à Jean-Michel Boehler pour cerner les pratiques de transmission de la terre dans les familles paysannes et en montrer l’extraordinaire variété et plasticité. Tandis que Sylvie Dépatie explorait les relations de crédit dans la société rurale canadienne de la fin du régime français, en relativisant le rôle des marchands dans les pratiques de prêts à la campagne, Laurence Fontaine, en s’interrogeant sur les rapports entre la pauvreté et l’endettement dans l’Europe moderne, mettait en évidence l’importance de la dette en tant que facteur structurant de la société.

Etudiant la société rurale, Constanta Ghitulescu a entrepris d’expliciter les stratégies matrimoniales dans la société roumaine du XVIIIe siècle et de montrer qu’elles ont pour fonction de renforcer les liens de parenté à travers les réseaux d’alliances. Belen Moreno Claverias a détaillé les systèmes de consommation paysanne dans la Catalogne pré-industrielle à partir des inventaires après décès et analysé la progression des signes de bien-être, alors que Sylvie Dépatie a rendu compte de l’essor d’une horticulture commerciale dans la Montréal du XVIIIe siècle et a situé la fonction, défini la place des jardiniers professionnels dans la colonie.

Les questions de développement ont été abordées dans plusieurs occasions. Si Lars Behrisch a mis en évidence les enjeux autour des statistiques agricoles dans les Etats allemands du XVIIIe siècle à partir de l’exemple de l’Etat de Lippe, pour souligner combien elles constituaient un critère d’action pour un gouvernement autoritaire, Tim Le Goff a mesuré dans la longue durée l’évolution de la production et de la productivité (notamment en calculant le mouvement de la productivité totale des facteurs) à travers la gestion de domaines bourguignons aux XVIIIe et XIXe siècles, telle qu’elle ressort des archives hospitalières. Robert Schwartz a présenté les résultats de ses investigations conduites avec un Système d’Information Géographique pour apprécier le rôle du chemin de fer sur le développement régional en France et en Grande-Bretagne, et Marie-Claude Maurel a dressé un tableau évocateur de la situation actuelle de la paysannerie polonaise, en proposant un autre modèle de « fin des paysans », pour une société entraînée dans un déclin inéluctable et condamné à disparaître.

Bibliographie.

Gérard Béaur,

- « Land markets in the Parisian Basin (17th-19th centuries). Changes over time and variation in space », in Bas J.P. van Bavel & Peter Hoppenbrouwers (eds), Landholding and land transfer in the North Sea Area, Turnhout, Brepols, 2004, pp. 86-100.

- « A rurális társadalmak problémája a német és francia történetirásban », Korall, Társadalomtörténeti Folyóirat, n° Rurális társadalmak, 19-20, 2005, pp. 70-98 (en collaboration avec Jürgen Schlumbohm, trad. de l’article de 2003).

- « Mobiles ou sédentaires ? Les familles rurales normandes face au problème de la migration au XIXe siècle (Bayeux, 1871-74) », in Luigi Lorenzetti, Anne-Lise Head-Konig, Joseph Goy (éds), Marchés, migrations et logiques familiales dans les espaces français, canadien et suisse, 18e-20e siècles, Berne, Peter Lang, 2005, pp. 263-277.

- « Prix de l’immobilier, circulation de la propriété et changements urbains dans la France préindustrielle (1770-1810) », in  Ph. Lavastre et Rafael Mas (eds), Propiedad urbana y crecimiento de la ciudad, Madrid, Ediciones de la Universidad Autónoma de Madrid/Casa de Velázquez, 2005, pp. 53-64.

- « Les rapports de propriété en France sous l’Ancien Régime et dans la Révolution. Transmission et circulation de la terre dans les campagnes françaises du XVIe au XIXe siècle », in Nadine Vivier (éd.), Ruralité française et britannique, XIIIe-XXe siècles. Approches comparées, Rennes, PUR, 2005, pp. 187-200.

2003-2004

L’objectif  poursuivi par ce séminaire est de réfléchir dans le temps long, au moins depuis le XVe siècle, voire en-deçà, et de manière comparative, à l'échelle internationale, sur les nouveaux fondements de l'histoire économique et sociale des campagnes. Ce travail critique et prospectif implique à la fois de revenir à nouveaux frais sur des thématiques anciennes et de définir des orientations de recherches novatrices. Quatre axes majeurs ont structuré cet espace de confrontation et d'investigation : la production, la politique de l'État, les contrats et le système de propriété ou de location de la terre.

Pour sortir des approches macroéconomiques qui ont permis d'avancer dans notre connaissance des processus de croissance mais qui semblent avoir en grande partie épuisé leurs effets, les participants à ce séminaire préconisent depuis plusieurs années l'utilisation des comptabilités d'exploitation et plus généralement des données microéconomiques. Un colloque a été organisé avec cette intention en décembre 2003. Gérard Béaur et Jean-Michel Chevet se sont chargé d’en exposer la richesse insistant sur l’usage que l’on peut en faire pour évaluer aussi bien la productivité que les coûts de production et pour faire émerger les spécialisations mises en œuvre par les exploitants. Christian Dessureault (Université de Montréal) a emprunté cette voie avec une autre documentation. Il a montré tout ce que l'on pouvait tirer des recensements et des inventaires québécois en prenant l'exemple de deux paroisses en 1861. Danilo Gasparini a décrit à partir d'une grande variété de sources les étapes de la diffusion d'une plante révolutionnaire dans les campagnes de Vénétie entre le XVIe et le XVIIIe siècle: le maïs.

La question de l'État a fait une entrée remarquée dans les préoccupations des participants à ce séminaire. Rita Aldenhoff-Hübinger (Université de Francfort-sur-l'Oder) a développé une thèse originale qui éclaire d'un nouveau jour les rapports commerciaux et douaniers franco-allemands entre 1880 et 1940. Elle soutient l'idée que les contraintes tarifaires élevées alors sur les importations de produits agricoles préfigurent la Politique agricole commune telle qu'elle a été définie il y a un demi-siècle. L'exemple de la Turquie au XIXe siècle, tel qu'il a été développé par Alp Yucel Kaya (doctorant) présente une autre facette de l'action de l'État engagé dans une tentative de modernisation des structures agraires. Ce sont les réformes du Tanzimat à visées fiscales, statistiques et économiques qui sont ici décrites dans une région test, celle d'Izmir.

La thématique des contrats a représenté une autre orientation forte de ce séminaire. Dès la première séance, Gérard Béaur a tracé un bilan de l'ouvrage dont il a assuré tout dernièrement l'édition avec Mathieu Arnoux et Anne Varet-Vitu et qui reprend les trente-six contributions d'un colloque consacré aux contrats agraires de l'Antiquité à nos jours. Ce recueil ne se contente pas de dresser un état des formes diverses prises par les contrats d'amodiation du sol, il montre que derrière la diversité des solutions adoptées par les acteurs sociaux, se retrouvent en filigrane les impératifs économiques et sociaux qui orientent leurs choix. Jonathan Liebowitz a illustré ce propos, sous-jacent dans l'exposé de D. Gasparini, en effectuant une comparaison entre les incidences des contrats de métayage et de fermage à partir de deux zones-témoins, choisies dans l'ouest de la France et dans les zones de grande culture au XIXe siècle.

Le système de propriété et les droits afférents ont largement accaparé l'attention et ont fait l'objet de plusieurs séances. Richard Hoyle (Université de Reading) a montré la diversité des formes de copyhold dans l'Angleterre des XVIe-XVIIIe siècles et a révélé l'âpreté des conflits autour des obligations et des droits des tenanciers tels qu'ils se donnent à voir dans les actes de la chancellerie. Rosa Congost (Université de Gérone) a analysé au cours des deux séances les modes de production de « propriété» au cours du XIXe siècle dans la Catalogne rurale, tels qu'ils figurent dans l'historiographie, et les débats auxquels ils donnent naissance. Elle a conclu à la persistance d'un droit de propriété imparfait et à sa compatibilité avec le développement d'un mode de production capitaliste. En une autre séance, Maria-Teresa Perez-Picazo (Université de Murcie) a rappelé l'élaboration des décrets de privatisation de la terre dans l'Espagne du milieu du XIXe siècle et en a mesuré l'impact en termes de structure agraire, de marché foncier et de degré de spécialisation des exploitations. Enfin, Paul Servais (Université de Louvain-la-Neuve) a marqué la diversité des stratégies familiales, telles qu'elles se donnent à lire dans les actes notariés en croisant dans trois zones (région de Liège, Hesbaye, Ardennes) circulation de la propriété, formes de crédit et transmissions des exploitations au cours du cycle de vie.

Publications

•             Avec Ch. Duhamelle, R. Prass, J. Schlumbohm, dir., Les sociétés rurales en Allemagne et en France (XVIII-XIXe siècles), Rennes, Association d'histoire des sociétés rurales, Bibliothèque d'histoire rurale, 8, 2004, 303 p.

•             « Die Wege eines aggiornamento. Geschichte der ländlichen Wirtschafts¬und Sozialgeschichte in Frankreich vom 16. bis zum 18. Jahrhundert», Jahrbuch für Geschichte des ländlichen Raumes, Agrargeschichte schreiben. Traditionen und Innovationen im internationalen Vergleich, 2004, p. 154-173.

•             « Marchés fonciers et rapports familiaux dans l'Europe du XVIIIe siècle», dans II mercato della terra, Acti delle 35 «Settimane di Studi» e altri Convegni, istituto Internazionale di Storia Economica «F. Datini», S. Cavaciocchi (a cura di), Prato, Le Monnier, 2004, p. 985-1001.

•             « L'histoire économique de la Révolution n'est pas terminée », dans La Révolution française au carrefour des recherches, sous la dir. de M. Lapied et Ch. Peyrard, Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence, 2003, p.21-44.

•             « Des sols contre de la terre. L'argent dans les transactions foncières au XVIIIe siècle », dans L'argent des campagnes. Échanges, monnaie, crédit dans la France rurale d'Ancien Régime, Paris, Publications du CHEFF, 2003, p

2002-2003

Dans ce séminaire, la réflexion s'est déployée selon trois axes principaux qui avaient tous un rapport commun avec le triptyque Propriété/stratégies/changements.

Le premier axe est une relecture de la seigneurie en partant du livre de Cristina Codarcea sur la Valachie au XVIIe siècle. Les conditions spécifiques à cet espace autonome sous tutelle ottomane permettent une confrontation avec la seigneurie française puis québécoise. Si Jean Duma a rappelé la vigueur de la propriété paysanne très précisément circonscrite grâce au traitement statistique de dix-sept terriers contigus du duché-pairie de Rambouillet, Annie Antoine, par une comparaison terme à terme, a montré non seulement le décalage temporel entre le système valaque et le modèle français mais aussi les changements divergents qui interviennent au cours de l'époque moderne en ce qui concerne le statut des hommes et leurs rapports à la propriété. Soumise aux mêmes questions, la seigneurie québécoise présentée par Benoît Grenier a révélé le degré de résidence (et d'absentéisme) des seigneurs, la valeur stratégique de cet enracinement et sa pérennité intergénérationnelle. Elle a conduit à interroger le lien hypothétique entre la présence seigneuriale et la mise en valeur du sol, la densité du peuplement, la dynamique sociale.

Le deuxième axe est une interrogation sur la nature et la portée de la desamortizacion en Amérique latine, sur ses conséquences sur le tissu urbain d'après une étude de cas, celle de deux monastères de la ville de Lima. Ici encore la comparaison avec les biens d'Église en France a permis de marquer similitudes et contrastes contextuels, de retrouver des débats identiques et de dégager des bilans fort différents, grâce à une présentation par Bernard Bodinier de la synthèse de toutes les recherches menées par les historiens français depuis un siècle sur les biens de mainmorte et les ventes de biens nationaux.

Le troisième axe, enfin, a mis en relief les stratégies familiales. Stratégies d'accumulation altérées par des effets de conjoncture (G. Béaur), qui débouchent sur une mobilité des terres moins faible qu'on l'a longtemps prétendu et absolument plus orientée vers l'expropriation paysanne au XVIIIe siècle. Stratégies successorales dont il est possible d'avoir une vision nationale en recensant non pas les normes mais les pratiques pour le début du XIXe siècle, avec des zones de partage égalitaire et des zones de transmission inégalitaire, qui privilégient soit le contrat de mariage soit le testament, sans qu'un rapport direct n'émerge forcément avec l'activité du marché foncier. Stratégies de survie pour les ménages, selon Jürgen Schlumbohm qui, disposant de ressources limitées, effectuent des choix (individuels ou collectifs) sous certaines contraintes externes (crises...) ou internes (taille des ménages...) pour atteindre «un minimum vital», étant entendu que celui-ci n'est pas une catégorie absolue mais doit être conçu comme une construction sociale.

Publications

•             Avec C. Duhamelle, R. Prass et J. Schlumbohm, Ländliche Gesellschaften in Deutschland und Frankreich, 18.-19, Jahrhundert, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003, 344 p.

•Avec J. Schlumbohm, «Einleitung : Probleme einer deutsch-französischen Geschichte ländlicher Gesellschaften », dans Ländliche..., op. cit., p. 12-29.

•             «Der Bodenmarkt im Frankreich des 18. Jahrhunderts: Konjunkturen der Verkäufe und Strategien des Erwebs », ibid., p. 247-267.

•             Avec M. Arnoux et A. Varet-Vitu, Exploiter la terre. Les contrats agraires de l'Antiquité à nos jours, Rennes, Association d'Histoire des sociétés rurales, Bibliothèque d'Histoire rurale, vol. 7, 2003, 592 p.

•Avec M. Arnoux, « Les contrats agraires et l'histoire des sociétés rurales », dans Ibid., p. 5-12.

•             «Contrats d'exploitation et systèmes de contrats sous l'Ancien Régime », dans ibid., p. 35-44.

•             «Familles, argent et marchés dans la France d'Ancien Régime », dans Famille et marché, XVIe-XXe siècles, sous la dir. de C. DessureauIt, J. A. Dickinson, J. Goy, Sillery, Septentrion, 2003, p. 19-32. 

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Journée(s) d'étude - Vendredi 09 février 2018 - 14:00Journées d’études bilingues organisées par Marcela Iacub (CNRS-CRH) et Lissa Lincoln (AUP) avec la collaboration d’Anna Breteau. Le mouvement « #BalanceTonPorc » dont la puissance ne cesse d’étonner est à ce jour rétif à toute interprétation et ne semble pouvoir être approprié par aucune force politique. La justice est incapable de le contenir, les médias de le traduire. Par ailleurs, aucune association féministe, syndicat ou parti n’est e(...)

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Dernière modification :
22/12/2017